Un peu plus de six mois se sont écoulés depuis l’écriture de cet article, criant mon amour à ce jeu. J’étais bien évidemment devant ma PS4 dès minuit ce 18 Avril, le remake était acheté et préchargé, il ne restait plus qu’à enfin découvrir le soft tant attendu de l’équipe Lizard Cube. La promotion a battu sont plein, on aura vu l’ami Omar aux côtés de Ken Bogard, Metal Jesus Rock ou encore MisterMV, et même à la télé (l’ancêtre d’internet). Une agitation toute nouvelle autour de la Master System, méprisée sinon oubliée en temps normal, perpétuellement dans l’ombre de sa concurrente la NES, quasi-absente des marathons de speedrun outre-atlantique comme des streams de tous pays. Pour beaucoup Golden Axe Warrior reste un clone éhonté du légendaire Zelda; Capcom ressort Rescue Rangers et Duck Tales et l’on entend qu’il s’agit des meilleures adaptations Disney sur 8 bits, balayant d’un revers de la main le fantastique Land of Illusion; et des Zillion, Cloud Master ou Golvellius n’ont semble-t-il jamais existé. Imaginez : JVC place Alex Kidd in Miracle World comme le meilleur jeu de la machine. Bref, peu importe ces atermoiements, les youtubeurs et autres casters ces derniers jours nous relatent avec force conviction leurs souvenirs sur Master System, et Wonder Boy devient leur série préférée, et le 3 l’épisode qui les a le plus marqué. Qui sera dupe? Mais c’est dans ce contexte que ce remake a pu se faire. Mieux encore, sans cet engouement mi-factice, mi-sincère, et toujours intéressé, il n’aurait pas existé. Alors oui, je suis un vieux con de collectionneur, mais finalement, peu importe ce qui se passe autour, l’essentiel pour moi c’est de me retrouver manette en main, et de prendre du plaisir à jouer.

Ce que je fis donc dès minuit. Je choisis comme prévu la Wonder Girl, et le mode difficile, parce que merde, on me la fait pas à moi. Puis le charme a opéré. C’est peu de le dire. Finalement, je n’utiliserai quasiment pas le mode 8 bits, tant pour les graphismes que le son, même pour le mettre en FM. Non, quel intérêt? Si je veux profiter de ce mode, je n’ai qu’à brancher ma vieille console! Je voulais surtout voir cette relecture, profiter de ses fantastiques décors, là d’un parallaxe, ici d’un effet 3D, observer les mimiques des sprites aux airs parfois chafouins ou désabusés à qui on a insufflé une nouvelle vie trépidante, écouter, casque vissé sur les oreilles, comment ces mélopées aux lignes de basses Harrissiennes ont été triturées et réinterprétées de manière si subtiles et si vivantes grâces aux instruments réels utilisés (n’oubliez pas de regarder les bonus dans la galerie des séances d’enregistrements). Cette phrase bien trop longue est finalement tout ce que j’ai à dire de la réalisation. Je suis sous le charme, complètement. Une vraie relecture deluxe. Côté mécanismes et routines, tout est là. Quelques minutes, et mes vieilles habitudes sont revenues, je joue comme sur ma Master System, ou comme sur ma PC Engine. C’est le même jeu, ni plus, ni moins. Ce qui sera à la fois son principal atout, et son pire défaut. Parce que si pour ma part je suis envoûté, je préviens par avance ceux qui vont découvrir : le jeu n’indique rien, il est parfois injuste, la difficulté ne cessera de faire le yoyo, et la grande linéarité des palais saute d’autant plus au visage que le temps passe inexorablement. Je m’inquiétais de la disparition des points de charme, mais ils sont finalement là, pour vous apporter un ultime plaisir une fois le jeu terminé et de nouvelles épreuves très (trop?) bien cachées débusquées. On comprend ainsi la disparition de l’épée du tonnerre, muée en accessoire, laissant un emplacement vacant pour une arme mystérieuse. Ses salles ont un arrière-goût de masturbation pour super-player, elles mettront à l’épreuve votre patience et votre précision. De même, certains rouages abscons de la version originale n’ont pas été retouchés. Ainsi, le côté random de l’obtention de l’armure légendaire, ou encore le clueless total des positions des boutiques contenant l’épée de Tasmanie et le bouclier légendaire sont des méchancetés d’un autre temps qui auraient peut-être nécessité un petit aménagement. Ou pas, finalement, je ne sais pas. C’est le jeu que j’aime, je manque tant de recul.

Je terminerai ce billet par deux métaphores, pour mieux expliquer ce que je ressent. Jouer à ce remake aujourd’hui, c’est comme manger un plat intitulé « Croque-monsieur façon comme Mamie » dans un restaurant étoilé, ou voir Metallica jouer Seek & Destroy au Stade de France en 2012. La recette est la même, mais les moyens en oeuvre se sont modernisés (et James Hetfield a appris à chanter). Les sensations se mêlent entre souvenirs et plaisirs, ce qui a été et ce qui est devant mes yeux, dans mes oreilles, et dans mes mains. Je suis un petit garçon et un vieux gars à la fois, et j’espère sincèrement que vous comprendrez ce que je veux dire. Parce que cela signifie que vous ressentez la même chose, et je sais à quel point c’est bon.

PS : Hey! Listen! Besoin de thunes? Le contenu des coffres se renouvelle à chaque recharge de sauvegarde. Bien. Maintenant que vous savez ça, retournez là où vous avez trouvé l’épée légendaire. See what I mean?

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